La surprenante découverte du récif géant de l’Amazone

Posté par Mathieu le 18 mai 2016 dans Ecologie Aquatique | 685 vues

L’Amazone se jette dans l’océan Atlantique dans un panache où se mélangent le sel et l’eau douce. Dans ces eaux boueuses, des scientifiques ont eu la surprise de découvrir un gigantesque système de récifs. Double étonnement : la biodiversité y semble considérable.

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La première remontée complète de l'Amazone par les Européens fut celle de l'expédition menée en 1638 par Pedro Texeira, un Portugais, qui emprunta le Rio Napo (ici en photo), l'un des affluents, pour atteindre Quito, en Équateur. Ailleurs, le confluent du rio Solimões (aux eaux boueuses) et du Rio Negro (aux eaux noires) est remarquable par les teintes très contrastées, les eaux ne se mélangeant qu'après des dizaines de kilomètres. © Rio NAPO Amazonia, Wikimedia Commons, cc by sa 2.0

La première remontée complète de l’Amazone par les Européens fut celle de l’expédition menée en 1638 par Pedro Texeira, un Portugais, qui emprunta le Rio Napo (ici en photo), l’un des affluents, pour atteindre Quito, en Équateur. Ailleurs, le confluent du rio Solimões (aux eaux boueuses) et du Rio Negro (aux eaux noires) est remarquable par les teintes très contrastées, les eaux ne se mélangeant qu’après des dizaines de kilomètres. © Rio NAPO Amazonia, Wikimedia Commons, cc by sa 2.0

Mille kilomètres ! C’est la longueur estimée du réseau de récifs découvert à l’embouchure du fleuve Amazone, où son eau douce se jette dans les vagues d’eau salée de l’océan Atlantique. L’écosystème, qui s’oriente parallèlement à la côte sud-américaine et perpendiculairement à l’Amazone, abriterait de nombreuses créatures méconnues, voire inconnues, selon une étude parue dans Sciences Advances. Ce récif biogénique est formé notamment de corail, dans la partie sud, mais il a surtout été édifié par d’autres grands constructeurs de récifs, les éponges et les algues rouges.

Ces découvertes sont le fruit d’un programme de recherche basé en partie sur les résultats d’une expédition menée dans les années 1970 qui avait récolté des poissons dans des récifs le long du plateau continental. Pour localiser dans les eaux saumâtres ces mystérieux récifs qui, à l’époque, ne faisaient pas l’objet de relevés de coordonnées par satellite, l’équipe scientifique menée par Patricia Yager, chercheuse à l’université de Géorgie, aux États-Unis, avec des confrères de l’université fédérale de Rio de Janeiro, au Brésil, a commencé par cartographier les fonds à l’aide d’ondes sonores, puis les a échantillonnés au cours de plusieurs expéditions entre 2010 et 2014.

Le récif amazonien est complexe

Les analyses ont confirmé la présence des coraux et d’une riche diversité biologique sous la surface boueuse de l’eau. Dans ce catalogue figurent de nombreuses espèces de poissons, d’éponges, d’algues et de corail. « Nous avons rapporté les animaux les plus étonnants et colorés que j’ai vus lors d’une expédition », affirme Patricia Yager. Les niveaux d’acidité et de salinité, les débris, la sédimentation et la lumière, uniques à cet endroit géographique, seraient les facteurs propices à la création d’un tel écosystème, indiquent les chercheurs.

Autre résultat intéressant : le récif est hétérogène dans sa composition. À l’extrémité sud, les eaux sont davantage baignées par le soleil qu’au nord. Aussi le récif est-il dominé dans les basses latitudes par les coraux et les espèces qui recourent à la lumière par la photosynthèse. « Mais au nord, beaucoup de ces [espèces] deviennent moins abondantes et le récif se pare d’éponges et d’autres constructeurs de récif qui assurent leur croissance grâce à la nourriture offerte par le fleuve. Les deux systèmes sont donc intimement liés », conclut Patricia Yager.

Pour les auteurs, les micro-organismes prospérant dans les eaux sombres sous le panache boueux de l’Amazone pourraient fournir la connexion trophique entre le fleuve et le récif : ils représenteraient l’une des ressources nutritives des espèces coralliennes. Il faudra d’autres expéditions pour comprendre les rouages de ces écosystèmes complexes. Représentant près de 20 % de l’eau douce déversée dans l’océan mondial, l’Amazone abrite un éventail immense d’espèces vivantes, dont beaucoup restent à décrire.


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